Jacques-Emile-Edouard BRANDON (1831-1897) Jacques-Emile-Edouard BRANDON (1831-1897)

La prière de Kippour dans la Synagogue Portugaise d'Amsterdam, vers 1880 Huile sur panneau. Signée en bas et à gauche. (minimes restaurations au niveau de la marche supérieure d'accès à la Bima et sur le bord gauche, trace d'adresse d'un marchand de couleurs parisien au dos, seul le mot Paris est déchiffrable à la ligne inférieure, deux renforts d'époque). 30,5 x 55 cm. Oeuvre caractéristique de cet artiste, l'un des premiers artistes juifs français à avoir puisé une grande partie de son inspiration dans la représentation du judaïsme de son temps. Médaillé au Salon en 1865 et 1867, il fut élève de Picot et de Montfort, puis de Corot dont il a laissé plusieurs portraits. Il participa aussi, invité par Degas, à la première exposition des impressionnistes en 1874. Le tableau représente la grande Synagogue portugaise d'Amsterdam, la "Esnoga", dont on reconnaît l'Arche au fond de la composition, avec la balustrade qui la sépare des fidèles. Les personnages dans la synagogue portent tous leur châle de prières, et la présence de nombreuses femmes derrière les balustrades du premier étage (on les devine, à peine esquissées, aux taches colorées de leurs robes), indique qu'il s'agit d'un jour de jeûne plutôt que d'un matin ordinaire, peut - être du Kippour ou du 9 Av. On remarque d'abord, dans la composition, que les personnages semblent tous rejetés vers la périphérie du tableau, le centre étant, contrairement aux règles de la mise en page classique, laissé vide - comme s'il symbolisait la seule présence d'un esprit sans corps, immatériel et inconcevable. Ensuite apparaît au premier plan sur la gauche un homme debout, enturbanné, en costume visiblement oriental, comme pour rappeler le rôle de métropole du judaïsme sepharade joué par Amsterdam du XVIIe au XIXe siècle (à moins que ce ne soit, comme l'a suggéré Madame Jelka Kröger, conservatrice au Musée Juif d'Amsterdam, une réminiscence des personnages juifs orientaux de Rembrandt). Ce personnage pose un contraste évident avec d'une part le shamash (bedeau) portant bicorne en bas et à droite, et d'autre part, sur la bima et dans la salle, avec les rabbins et les chantres reconnaissables à leurs tricornes, tandis que les administrateurs et les fidèles, coiffés de leurs hauts de forme de cérémonie, sont tout à fait représentatifs de l'embourgeoisement de la communauté portugaise d'Amsterdam au XIXe siècle. C'est un tableau particulièrement expressif d'Edouard Brandon, une oeuvre importante que l'on peut rapprocher, par exemple, du tableau du même artiste conservé autrefois au Musée du Louvre, puis au Musée d'Orsay et déposé aujourd'hui au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme, "le jeûne du 9 ab à la Synagogue d'Amsterdam". Théophile Gautier possédait dans sa collection un tableau de Brandon "Synagogue", et les Camondo, une "Sortie des Tables de la Loi". Degas possédait "le Maître et l'Elève", vendu 62 francs à sa vente, et revendu 2. 000 francs... en 1942!

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